Est-ce que l’État québécois devrait considérer le logement comme un investissement dans un actif plutôt que comme une subvention? C’est l’approche proposée par Québec solidaire dans le cadre des élections
Est-ce que l’État québécois devrait considérer le logement comme un investissement dans un actif plutôt que comme une subvention? C’est l’approche proposée par Québec solidaire dans le cadre des élections provinciales. Andres Fontecilla, porte-parole de la formation en matière d’habitation, nous explique les positions de son parti.
Métro a interviewé quatre des cinq principaux partis sur des sujets touchant Montréal et Québec. Voici donc le premier d’une série de quatre textes portant sur le logement (QS), l’immigration (PLQ), le transport (PQ) et le financement des municipalités (CAQ). Le Parti conservateur du Québec a décliné notre demande d’entrevue.
M. Fontecilla en a long à dire sur les problèmes qui accablent les locataires. Des rénovictions à la spéculation, la tâche sera énorme pour ramener un certain niveau d’abordabilité en matière de logement. Et ce, alors que le Québec a perdu 300 000 logements abordables au cours des trois dernières années.
«C’est ce qu’on ressent sur le terrain, on trouve de moins en moins de logements accessibles dans le marché locatif privé», dit-il. «C’est à cause de la bulle spéculative qui pousse les loyers vers le haut, souvent avec des stratégies abusives.»
Le contrôle des loyers
Québec solidaire mise fortement sur le logement dans le cadre des élections. C’est la pierre angulaire de leur plateforme.
Et la pièce maîtresse, c’est l’installation d’un contrôle des loyers. Actuellement, le Tribunal administratif du logement (TAL) établit certains barèmes pour guider l’augmentation des loyers et aider les locataires à contester une augmentation abusive. Mais ce n’est pas un contrôle à proprement parler, avec des limites fixes, et les locateurs ne sont pas tenus de respecter la hausse des loyers «fixée» par le TAL.
«Il faut reprendre le contrôle sur l’augmentation des prix des loyers. […] Pour une première année, nous proposons un gel des loyers au niveau de l’inflation, et ensuite un mécanisme qui contrôlera beaucoup plus les augmentations.»
QS souhaite aussi mettre en place un registre national des loyers. Ainsi, chaque personne qui loue un logement pourra vérifier le montant payé par le locataire précédent. Le parti espère ainsi éviter les augmentations faramineuses à chaque changement de locataire.
25 000 nouveaux logements sociaux
Puis, il y a la question de l’offre de logements. Depuis l’année dernière, le Québec a théoriquement atteint le point d’équilibre en ce qui concerne le taux d’inoccupation des logements, un taux estimé à 3%. Mais l’augmentation des loyers ne s’est pas arrêtée pour autant.
C’est que les logements vides sont principalement dans des tranches de prix trop élevés.
«En ce moment, le secteur privé construit beaucoup de logements. […] Mais le secteur privé ne produit pas du logement pour les ménages à plus faibles revenus, parce que ce n’est pas rentable.»
M. Fontecilla et son parti promettent d’ajouter 25 000 logements sociaux au parc locatif du Québec. Une autre tranche de 25 000 logements existants seraient convertis en logements sociaux.
Des achats groupés de l’État
Mais l’État ne peut pas prendre entièrement à sa charge la construction de logements pour M. et Mme Tout-le-monde. Comment fait-on pour que le privé puisse lui aussi offrir des logements à prix abordables?
Andres Fontecilla veut d’abord s’attaquer à la spéculation. Mais il reconnaît qu’il n’y a pas que la spéculation et l’appât du gain qui font augmenter les prix. Les coûts de construction sont en hausse constante et empêchent les promoteurs d’offrir des unités de logement qui ne coûtent pas la peau des fesses.
La plupart des partis politiques – QS y compris – misent sur les modèles préfabriqués pour réduire les coûts. Mais QS propose aussi une implication étatique beaucoup plus forte: la création d’un «pôle national d’achats».
Ce pôle national serait dirigé par l’État ou par un conglomérat d’acteurs du milieu immobilier. Le Québec utiliserait ainsi son pouvoir d’achat pour acheter en quantités les matériaux nécessaires pour les travaux de construction.
«Prenons l’exemple des matériaux métalliques. Depuis cinq ans, les prix ont augmenté de presque 98%. On pourrait, si on se donne les moyens d’acheter en gros, baisser substantiellement ces prix.»
Québec solidaire prévoit aussi la création de plans et devis préapprouvés pour une série de types de projets de construction résidentielle. La première ministre sortante, Christine Fréchette, a promis une mesure semblable pour réduire les coûts pour les hôpitaux, les écoles et les autres infrastructures publiques.
M. Fontecilla souligne aussi que les 25 000 logements sociaux construits par l’État sur quatre ans s’ajouteraient aux quelque 50 000 logements construits chaque année par le privé. Cette compétition de l’État favoriserait une baisse des prix dans le marché privé.
Emprunts massifs pour les infrastructures municipales
Puis, il y a la question des infrastructures. Le déficit d’entretien des infrastructures municipales atteint presque 50 G$ au Québec. L’insuffisance de plusieurs actifs, notamment les réseaux d’eau et d’aqueducs, freinent les ambitions en matière de logement.
À Montréal, le développement du site de l’ancien hippodrome stagne pour plusieurs raisons, entre autres à cause de l’absence d’infrastructures municipales. Un fonds fédéral-municipal de 300 M$ a été créé, mais les travaux coûteront plus de 1 G$. Et Québec n’a toujours pas réservé de sommes pour ce fonds.
«C’est clair qu’il faut investir pour arriver à sortir des bâtiments de terre», affirme M. Fontecilla. «Il ne manque que la contribution du Québec, et c’est au moins les deux tiers de la facture. C’est une priorité de la Ville de Montréal, de la population de Montréal, et ça doit être une priorité du gouvernement du Québec.»
Selon M. Fontecilla, le gouvernement doit cesser de traiter chaque projet individuellement. Il propose que le gouvernement s’inspire de gros projets comme le CHUM, et fasse un très grand emprunt remboursé à très long terme.
«L’effort, ça doit se faire par l’endettement de l’État. Le CHUM, l’Enfant-Jésus à Québec, ça a été financé par des emprunts à très long terme et à très faibles taux d’intérêts. C’est la même chose pour l’habitation. On doit emprunter pour rénover nos infrastructures, surtout les infrastructures d’eau».
Et l’itinérance?
L’autre crise majeure au Québec, fortement liée à celle du logement, est la crise de l’itinérance. Québec solidaire espère empêcher l’ajout d’individus à la population itinérante grâce à ses mesures pour assurer du logement abordable. Mais le parti veut aussi aider les personnes actuellement sans abri à se trouver un toit.
Et surtout, un toit où ils ont l’accompagnement nécessaire pour se maintenir en logement.
«Il faut avoir un toit, mais ensuite il faut aider ces personnes à rester en logement. […] C’est une trajectoire vers la stabilité», affirme M. Fontecilla.
Québec solidaire promet donc que 6000 des 25 000 logements sociaux promis seront des unités de transition pour les personnes qui sortent de la rue.
Seulement à Montréal, la mairesse Soraya Martinez Ferrada souhaite la construction de 2000 logements de transition.
Engagements en rafale :
- Financer les infrastructures municipales sur le site de l’ancien hippodrome.
- Injecter 2 G$ supplémentaires sur quatre ans pour les infrastructures municipales. Cette somme s’ajoute aux 23 G$ promis pour les réseaux de transport en commun.
- Créer un «superministre» de l’itinérance pour accélérer les réponses à la crise.
- Construire 6000 logements destinés aux personnes qui sortent de la rue.
- Limiter le pouvoir des propriétaires de procéder à des évictions et des rénovictions.
- Convertir 25 000 logements existants en logements sociaux, en plus des 25 000 construits.
- Offrir un prêt de jusqu’à 50 000$ pour les premiers acheteurs, remboursable au moment de la revente de la propriété.
Avec la collaboration de Sara Comadina