Dans un rapport publié le 9 octobre 2026, le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) appelle l'Europe à accélérer la numérisation des visas Schengen, à faciliter les entrées multiples et à améliorer le passage aux frontières. Alors que l'EES...
L’Europe accueille près de la moitié des voyageurs internationaux dans le monde. Pour conserver cette position, elle devra notamment rendre ses procédures de visa plus accessibles, fluidifier les contrôles aux frontières et attirer davantage de visiteurs provenant de pays extérieurs au continent.
C’est l’un des principaux messages du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC), qui a présenté ce 9 octobre 2026, à l’occasion de son 26e sommet mondial organisé à La Valette, à Malte, un rapport consacré à l’avenir du tourisme européen.
Intitulée Travel & Tourism in Europe: A Deep Dive Into Growth, Outlook, and Policy, cette étude examine les performances du secteur, ses perspectives jusqu’en 2036 et les politiques que les gouvernements pourraient adopter pour renforcer la compétitivité des destinations européennes.
Pour Gloria Guevara, présidente-directrice générale du WTTC, les décisions prises aujourd’hui seront déterminantes pour l’avenir du tourisme en Europe.
« L’Europe accueille déjà près de la moitié des voyageurs internationaux dans le monde. Alors que les voyages internationaux ne cessent de croître, l’Europe est bien placée pour consolider ce leadership, et les choix que feront les gouvernements aujourd’hui détermineront la part de cette croissance qui reviendra à notre continent », souligne-t-elle.
La dirigeante identifie notamment plusieurs leviers : « des visas numériques plus rapides, davantage de visiteurs en provenance de pays hors d’Europe, des investissements plus importants et une main-d’œuvre qualifiée ».
Visas Schengen : le WTTC souhaite davantage d’entrées multiples
Un voyage en préparation ?
Votre e-Visa ou ETA en quelques clicsLa facilitation des visas Schengen figure parmi les premières recommandations du WTTC.
Selon les données reprises dans son rapport, les États Schengen ont délivré 5,3 millions de visas à entrées multiples en 2025, soit 40 % de moins qu’en 2019.
La proportion de ces visas, qui permettent plusieurs voyages dans l’espace Schengen pendant leur période de validité, est également passée de 59 % en 2019 à 51,7 % en 2025.
Cette diminution s’inscrit toutefois dans un contexte où le nombre total de visas Schengen délivrés reste lui-même inférieur à son niveau d’avant la pandémie.
Pour le WTTC, inverser cette tendance doit constituer une priorité. L’organisation considère que les visas à entrées multiples favorisent les séjours répétés et contribuent à fidéliser les visiteurs internationaux.
Elle recommande également d’accélérer le déploiement du futur visa Schengen numérique et de la plateforme européenne de demande en ligne.
Déjà prévue par la réglementation européenne, cette évolution doit permettre aux voyageurs de déposer leur demande, transmettre leurs documents et régler les frais sur une plateforme commune, avant de recevoir un visa sous forme numérique plutôt qu’une vignette apposée dans le passeport.
Selon le calendrier de référence publié par la Commission européenne, la plateforme est envisagée autour de 2030, sous réserve de l’avancement des développements techniques.
EES et ETIAS : améliorer les contrôles sans compliquer les voyages
Le rapport s’intéresse également aux deux dispositifs qui transforment les formalités d’entrée en Europe : l’Entry/Exit System (EES) et le futur système d’autorisation de voyage électronique ETIAS.
L’EES, pleinement opérationnel depuis le 10 avril 2026, enregistre électroniquement les entrées et sorties des ressortissants de pays tiers concernés par le dispositif, notamment à partir de leurs données de passeport, de leur photographie faciale et de leurs empreintes digitales.
Il remplace le tamponnage manuel des passeports aux frontières extérieures des 29 pays européens qui l’utilisent.
Si le WTTC reconnaît l’intérêt de ces dispositifs pour renforcer la sécurité et moderniser les contrôles, il souligne également les difficultés rencontrées lors du déploiement de l’EES, notamment des files d’attente, des retards et des correspondances manquées pour certains voyageurs.
L’organisation estime donc indispensable de concilier la collecte des données biométriques avec un passage aux frontières aussi fluide que possible.
Concernant l’ETIAS, qui imposera une autorisation de voyage préalable à de nombreux ressortissants de pays exemptés de visa, le rapport évoque une mise en service attendue début 2027.
Cette échéance ne constitue toutefois pas une date officielle de lancement. À ce jour, l’Union européenne indique que l’ETIAS n’est pas encore opérationnel et qu’elle communiquera sa date d’entrée en service plusieurs mois à l’avance.
Le WTTC attire par ailleurs l’attention sur l’accumulation des coûts liés aux voyages internationaux.
Taxes aériennes, contributions touristiques, frais d’hébergement et autorisations électroniques comme l’ETA britannique ou le futur ETIAS, dont les frais sont fixés à 20 euros : pris individuellement, ces montants peuvent paraître limités, mais leur addition pourrait, selon l’organisation, peser sur l’attractivité de certaines destinations.
Vers un programme européen de voyageurs de confiance ?
Parmi les propositions du WTTC figure également la création d’un programme européen de voyageurs de confiance, inspiré notamment du dispositif américain Global Entry.
L’objectif serait de permettre aux voyageurs préalablement contrôlés de franchir plus rapidement les frontières grâce à des technologies biométriques, éventuellement sans devoir s’arrêter systématiquement devant un dispositif de contrôle.
L’organisation propose également d’étudier une reconnaissance réciproque avec certains programmes étrangers.
Cette recommandation s’accompagne d’un appel à harmoniser les règles européennes encadrant l’utilisation volontaire des données biométriques dans les aéroports, notamment au regard du RGPD.
Il s’agit, à ce stade, de propositions du secteur touristique et non de nouveaux dispositifs officiellement adoptés par l’Union européenne.
L’Europe reste très dépendante des voyageurs européens
Au-delà des formalités de voyage, le rapport met en évidence une forte dépendance du tourisme européen à ses marchés de proximité.
En 2025, l’Europe a enregistré 757,3 millions d’arrivées touristiques internationales, représentant 49,1 % du total mondial. Mais 74,3 % de ces arrivées, soit 562,4 millions, provenaient d’autres pays européens.
Le WTTC estime donc nécessaire de diversifier les marchés émetteurs, notamment en Asie et dans les régions où la fréquentation reste inférieure à son niveau d’avant la pandémie.
Les écarts sont particulièrement marqués :
- Les arrivées de visiteurs chinois restent inférieures de 43,2 % à leur niveau de 2019.
- Celles des Japonais et des Sud-Coréens affichent des reculs respectifs de 30,6 % et 31,2 %.
- À l’inverse, les arrivées américaines dépassent leur niveau de 2019 de 23,2 %.
Certains marchés émergents enregistrent cependant une progression rapide, notamment l’Ouzbékistan (+73,9 % en 2025) et le Kirghizstan (+56,7 %), à partir de volumes encore relativement modestes.
Pour attirer ces visiteurs, le WTTC recommande de ne pas dissocier les campagnes de promotion touristique des politiques de facilitation des visas. Une destination difficile d’accès sur le plan administratif risque, selon l’organisation, de perdre une partie des bénéfices de ses efforts de promotion.
À l’horizon 2036, l’Europe pourrait accueillir 1,14 milliard de voyageurs internationaux
Les projections du WTTC illustrent les enjeux auxquels les destinations européennes pourraient être confrontées au cours de la prochaine décennie.
Le nombre d’arrivées internationales en Europe pourrait atteindre 1,14 milliard en 2036, contre 757,3 millions en 2025.
La contribution du tourisme à l’économie européenne pourrait, de son côté, atteindre 3 800 milliards de dollars à cette échéance, tandis que le secteur soutiendrait près de 50 millions d’emplois.
Le rapport prévoit également que l’Espagne pourrait dépasser la France d’ici 2036 pour devenir la première destination mondiale en nombre d’arrivées internationales.
Outre les visas et les frontières, le WTTC appelle ainsi les gouvernements à renforcer les investissements dans les infrastructures, les transports et les technologies, tout en améliorant la gestion des flux touristiques et la formation des professionnels.
L’organisation recommande notamment des procédures de visa plus prévisibles pour les étudiants, les stagiaires et les travailleurs saisonniers du secteur touristique.
Ces recommandations interviennent alors que l’Union européenne prépare sa première stratégie spécifiquement consacrée au tourisme et que se poursuivent les discussions sur son budget à long terme pour la période 2028-2034.
Pour le WTTC, ces prochaines décisions constituent une occasion de faire de la simplification des voyages un levier de compétitivité économique, sans renoncer aux exigences de sécurité et de protection des données personnelles.
L’éclairage VisasNews
Les recommandations du WTTC interviennent à un moment important pour les formalités d’entrée en Europe. Alors que l’EES est désormais pleinement opérationnel, que le lancement de l’ETIAS reste attendu et que la Commission européenne prépare une réforme du Code des visas Schengen, le secteur touristique appelle à faciliter les déplacements des visiteurs étrangers. La délivrance de davantage de visas à entrées multiples, la numérisation des demandes et l’amélioration des contrôles biométriques constituent les principales pistes avancées. Ces propositions ne modifient toutefois pas les règles actuellement applicables aux voyageurs.