Au cœur de nombreux débats, l’immigration n’est certainement pas écartée de la campagne électorale. Pour André Albert Morin, porte-parole en la matière pour le Parti Libéral du Québec (PLQ), la
Au cœur de nombreux débats, l’immigration n’est certainement pas écartée de la campagne électorale. Pour André Albert Morin, porte-parole en la matière pour le Parti Libéral du Québec (PLQ), la question de l’immigration doit sortir de la guerre de chiffres. Il propose une stratégie «par le bas» qui regarde d’abord les besoins. Et qui casse avec les politiques rigides du gouvernement sortant.
Métro a interviewé quatre des cinq principaux partis sur des sujets touchant Montréal et Québec. Voici donc le deuxième d’une série de quatre textes portant sur le logement (QS), l’immigration (PLQ), le transport (PQ) et le financement des municipalités (CAQ). Le Parti conservateur du Québec a décliné notre demande d’entrevue.
«C’est facile de lancer un chiffre. Mais l’important, c’est de travailler avec les acteurs dans le milieu», affirme M. Morin.
Rencontré dans son bureau électoral de Saint-Laurent, près du collège Vanier, M. affirme avoir passé beaucoup de temps avec des personnes issues de l’immigration. Et, depuis deux ans, avec des personnes durement affectées par l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
«Si on veut parler d’une catastrophe en termes d’immigration, ça, pour moi, la CAQ a battu tous les records», lance André A. Morin.
Le PEQ avait été conçu pour permettre aux étudiants et travailleurs étrangers d’obtenir un certificat de sélection du Québec, dans le but de s’établir dans la province de façon permanente. Après son abolition, le programme avait été remplacé par le PSTQ, soit le programme de sélection de travailleurs qualifiés. Après de nombreuses critiques, la CAQ a finalement réinstauré le PEQ de façon temporaire, pour une période de deux ans.
«L’abolition sans aucune mesure transitoire du PEQ a causé un stress énorme à tous les niveaux, chez les travailleurs. C’est comme changer les règles d’un match de hockey en 3e période. Ça ne se fait pas.»
André A. Morin
À Montréal, de nombreux résidents se sont présentés devant le conseil municipal pour réclamer l’aide de la mairesse, craignant de devoir quitter le pays ou de perdre un proche. La mairesse s’est déclarée une «alliée» des orphelins du PEQ et a fustigé le gouvernement pour son manque de considération envers la métropole dans ses politiques migratoires.
Des chiffres, quand même
N’empêche, les chiffres font toujours partie de la conversation. Les besoins de main-d’œuvre ou de capacité d’intégration sont d’ailleurs au cœur du débat.
Québec Solidaire accueillerait 70 000 immigrants permanents par année. La CAQ conserverait les seuils actuels de 45 000 par an. Le Parti québécois plafonnerait ce chiffre à 35 000 par an, et le Parti Conservateur, lui, ne s’est pas prononcé sur des chiffres exacts.
Le PLQ propose une fourchette, plutôt qu’un seuil. Il serait prêt à accueillir entre 45 000 et 70 000 immigrants permanents. Un «chiffre sage», selon André A. Morin.
«70 000, on trouve que c’est trop. Mais 45 000, visiblement, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Ce n’est pas assez», note-t-il. «Ce qu’on souhaite, c’est de travailler avec les régions pour arriver à un chiffre qui est vraiment évalué.»
«Lorsque les gouvernements ont offert des chiffres précis dans le passé, ils ne les ont pas respectés dans 90% des cas. Voilà l’explication de la fourchette.»
André A. Morin
Vers un PSTQ 2.0?
Est-ce que le Parti Libéral miserait sur un PSTQ 2.0, s’il était porté au pouvoir? C’est possible, comme dirait QS.
«Est-ce qu’il faudrait travailler le PSTQ? Moi je n’ai aucun problème avec ça. Mais il faut l’adapter aux régions afin de permettre aux gens de rester ici. Ça ne pourrait que fructifier le Québec et notre économie», explique André A. Morin. «Le PSTQ n’est pas un mauvais programme en soit, mais il faut l’adapter à la réalité des régions. Les besoins de Sept-Îles ne sont pas ceux de Montréal. Et ceux de Montréal ne sont pas ceux de Chibougamau. Les demandes, les enjeux, les réalités, sont très différents d’un endroit à l’autre.»
Une régionalisation de l’immigration, avant tout
Le Parti Libéral souhaite voir une régionalisation de l’immigration, avant toute chose. Mais il n’est pas le seul à se positionner ainsi.
Le Parti Conservateur, par exemple, souhaiterait régionaliser l’immigration afin que les municipalités et les MRC puissent établir elles-mêmes leurs besoins. Québec Solidaire, de son côté, souhaite y arriver en créant un PEQ-Régions.
«Ça fait deux ans et demi qu’on en parle, nous, de régionalisation. Je suis content de voir que notre idée colle aux autres partis», note le candidat Libéral. «Lorsque je parle à des maires et mairesses, c’est unanime: les municipalités ont un rôle à jouer dans l’immigration.»
Si son parti était porté au pouvoir le 5 octobre prochain, André A. Morin travaillerait de «bas en haut», avant toute chose. «Il faut arrêter de travailler en silos», note-t-il. «On part d’en bas, on regarde ce que ça donne, et puis à la toute fin, on remonte le tout en haut. Le résultat? Une stratégie qui correspond réellement à la réalité des régions.»
André A. Morin discutant avec notre journaliste Sara Comadina.Questionné sur les besoins concrets des régions, le candidat Libéral met surtout en évidence les services. Il note le secteur de la santé, comme exemple. «Oui, ça prend des plombiers, des électriciens, des entrepreneurs. Mais il ne faut surtout pas oublier nos services.»
Le candidat évoque aussi le chantier Davie, de Lévis.
Le mois dernier, à quelques jours du déclenchement des élections, Christine Fréchette annonçait une avancée majeure dans ce projet situé sur la Rive-Sud de Québec. En collaboration avec le fédéral, le chantier maritime Davie construira six brise-glaces pour la Garde côtière canadienne, dans le cadre d’un contrat de 11,3 G$.
Annoncé comme le plus grand contrat naval de l’histoire du Québec, il permettra la création de près de 5000 emplois sur plus de dix ans. «Voilà pourquoi la régionalisation, c’est fondamental», note André A. Morin. «On ne peut pas passer à côté de ça. Ça serait dangereux pour notre économie de ne pas le faire.»
Régulariser plutôt qu’ajouter
Malgré tous ses bienfaits, l’immigration a tout de même des effets néfastes. Selon la SCHL, la croissance démographique créée, en partie, par l’immigration a ajouté une pression sur le marché du logement. Les centres de services scolaires, également, ont dû composer avec un nombre accru d’élèves – et des élèves qui nécessitaient souvent un accompagnement en francisation.
André A. Morin reconnaît ces pressions. Il souligne toutefois que les cibles en immigration ne représentent pas un ajout net de personnes au Québec. Il souhaite plutôt régulariser la situation de personnes déjà présentes sur le territoire.
«Nous n’avons jamais dit qu’on accueillerait tout le monde, ni que les portes étaient grandes ouvertes. Il faut gérer l’immigration, mais avec prévisibilité et stabilité. Et ce, pour tout le monde. Nous ne disons pas non plus qu’il faut aller en chercher 40 000 ailleurs. Le message, d’abord, c’est qu’il faut régulariser la situation des gens déjà ici.»
M. Morin déplore l’utilisation des personnes immigrantes comme boucs émissaires.
«François Legault disait que si on a une crise du logement, c’est à cause de l’immigration. D’ailleurs, Christine Fréchette ne s’en est pas démentie. Moi, ce que je dis, c’est, qu’il ne faut pas faire de l’immigration ou des immigrants des boucs émissaires.»
Le candidat libéral n’hésite pas à rappeler que Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québecois a maladroitement lié le manque d’espaces dans les écoles à l’immigration. «Imaginez si vous êtes un enfant issu de l’immigration et que vous entendez ça. Moi, ce que je souhaite voir, c’est des enfants qui vont être capables d’aller à l’école, qui vont apprendre, et qui vont vivre ensemble. Ne commençons pas à diviser les enfants dans les classes. Il ne faut pas diviser la population. Il faut l’unir.»
Engagements en rafale:
- Accueillir entre 40 000 et 70 000 immigrants par année.
- Impliquer les régions dans la définition de leur potentiel d’accueil en immigration.
- Augmenter les budgets de francisation de 138,41 M$ sur 4 ans
- Réduire les délais d’attente en francisation à six semaines.
- Bonifier et réformer la francisation en milieu de travail.
Avec la collaboration de Sara Comadina.